L’interview croisée de Roxana Maracineanu et Pauline Ferrand-Prévot

 In Le Tour au pied des Tours, Non classé

Nous avons posé les mêmes questions à deux grandes championnes du monde françaises. L’une est aujourd’hui athlète retraitée et chargée du ministère des Sports, la suivante est à la recherche de nouveaux titres. Roxana Maracineanu et Pauline Ferrand-Prévot nous explique leur vision du sport féminin.

Comment peut-on chacun à son niveau faire évoluer l’image de la femme dans le sport ?

Roxana Maracineanu  : Grâce aux vitrines ! Les grands évènements sportifs ramènent à chaque fois plus de pratiquantes vers le sport, car cela permet de s’identifier. En passant au sport féminin, on va permettre aux filles de s’intéresser à cette pratique et, petit à petit, cela va devenir un sujet de discussion, qui va rentrer dans la vie commune, et cela va paraître plus naturel sûrement pour des filles. Enfin, il faut se battre contre les stéréotypes, parfois transmis par les familles, parce que ça ne fait pas partie de la culture ou de l’histoire de certains pays.
Pauline Ferrand-Prévot : Je dirais : « en ne faisant pas de complexe par rapport à la médiatisation masculine ». Je crois que c’est à chaque athlète de faire sa place, en se faisant remarquer par ce qu’il ou elle fait de mieux. Il revient à chacun d’incarner la meilleure version de lui-même.

Comment expliquez-vous qu’il y ait un tel écart dans le sport entre les hommes et les femmes en terme médiatique et économique ?

Roxana Maracineanu : Il y a un tel écart, car les médias sont généralement très attachés à l’audience et qu’ils ne se sentent pas investis d’une vraie mission de service public. L’audiovisuel public pourrait relayer du sport féminin par geste d’implication dans ce combat de société, les médias s’engageraient donc dans cette cause sociétale. Les chaînes pourraient mettre en avant l’image des femmes, l’image de la diversité de notre société de manière beaucoup plus visible, et non plus l’image de jolies femmes dans des émissions, mais l’image de la femme comme elle est dans la vie normale.
Pauline Ferrand-Prévot : D’une manière générale, sans vouloir froisser personne, je ne me sens pas concernée par la constatation d’un déséquilibre médiatique et économique entre hommes et femmes. C’est même plutôt quelque chose qui aurait tendance à générer de l’agacement chez moi, car il me semble que cela pose la femme dans une position un peu “victimisante”, et ça, pour moi, c’est rabaissant.

En tant que Ministre des Sports, qu’avez-vous fait ou prévu de faire pour promouvoir le sport féminin et plus précisément le cyclisme féminin ?

Roxana Maracineanu  : Avec l’aide d’anciennes et actuelles sportives, nous mettons en place un plan d’accompagnement spécifique, construit autour de la maternité pour que la sportive puisse retrouver sa forme physique après une grossesse et qu’ensuite la séparation entre la mère et l’enfant ne soit pas plus difficile qu’elle ne l’est déjà… Elles pourront donc continuer leur carrière, au même titre que les hommes, c’est une question d’égalité des chances. L’accès au sport féminin doit être aussi encouragé par la construction d’équipements sportifs, avec la séparation de l’espace des vestiaires femmes/ hommes, des endroits seront éclairés par sécurité si des femmes veulent courir le soir tard.

Comment faire pour promouvoir le sport féminin et plus précisément le cyclisme féminin ?

Pauline Ferrand-Prévot : Sans doute en mettant en avant les différences et en les valorisant, plutôt qu’en se désespérant de l’écart hommes/femmes. En réalisant de belles saisons, avec de belles courses, dont l’intérêt sportif n’a rien à voir avec le genre des athlètes qui prennent le départ.

Comment voyez-vous l’avenir du cyclisme féminin et l’évolution de son statut professionnel ?

Pauline Ferrand-Prévot  : C’est assez personnel comme point de vue, mais il me semble que le statut des athlètes féminines n’est pas quelque chose qui devrait nous être donné. Pour ma part, je suis plutôt du genre à aller le chercher moi-même !

Existe-t-il des accompagnements pour les jeunes cyclistes comme il peut exister pour le football avec des emménagements optimaux pour les filles et les garçons ?

Roxana Maracineanu : Il y a des pôles de vélo Espoir et des pôles France, je ne sais pas si c’est comme en football, mais je ne connais pas le cyclisme autant dans le détail. Nous pouvons juste accompagner la démarche de création. On n’a pas énormément de pouvoir sur les fédérations, sauf pour la sécurité morale et physique des pratiquants. On est tous d’accord pour promouvoir le sport féminin. L’idée, c’est d’avoir une gouvernance partagée du sport, où tous les acteurs parlent ensemble des sujets sur lesquels tout le monde s’accorde.
Pauline Ferrand-Prévot : Je ne sais pas quels sont les aménagements exacts pour le football, mais pour ce qui est du vélo, nous disposons d’un encadrement fédéral de qualité, au niveau des équipes de France, filles et garçons confondus, et ce, assez tôt.

Le cyclisme masculin est un sport très populaire. Selon vous, pourquoi le cyclisme féminin n’a-t-il pas le même statut et comment faire pour le rendre aussi populaire ?

Roxana Maracineanu : Les filles ont peut-être moins appris à faire du vélo que les garçons. Si ça ne passe pas par le cap de l’école, cela passe par l’apprentissage. Pour le rendre plus populaire et en mixité, je crois beaucoup à la vertu de l’école républicaine. Dès le plus jeune âge, il faudrait instaurer dans les écoles du sport en le liant avec des associations parce que les instituteurs et les professeurs des écoles n’ont pas, en général, une formation spécifique au sport. Cela doit devenir une vraie politique commune, il faut qu’on sache ce qui se passe entre le monde du sport et de l’école, qu’on arrive à plus le valoriser et à mieux l’organiser. Aujourd’hui, toutes les fédérations ont pris des initiatives en local, les clubs pro aussi et cela mérite d’être un peu plus organisé ; de mon point de vue, que cela devienne un vrai héritage comme celui des Jeux Olympiques. La fédération de cyclisme a aussi la responsabilité avec plusieurs ambassadrices vélo via les réseaux sociaux de monter des communautés de pratiquantes et d’inciter à la découverte de différents types de cyclisme. Je trouve que c’est une bonne initiative.
Pauline Ferrand-Prévot  : On compare souvent le cyclisme féminin et son homologue masculin, mais pour moi, ça n’a rien à voir ! On ne pourra pas physiquement rivaliser avec la puissance masculine, on ne développera jamais les mêmes watts, et alors ? C’est OK, il faut faire de nos différences notre force ; une femme peut se distinguer par plein d’autres chose. À vrai dire, c’est un sujet qui m’embarrasse toujours un peu car, pour ma part, je n’ai jamais ressenti cette différence comme une injustice… De mon côté, je n’ai jamais vécu la différence homme-femme comme un problème. Je fais du vélo, mais je n’ai pas l’impression d’être sous-considérée sous prétexte que je suis une femme.

Dans le monde du sport encore très masculin, comment est perçu votre rôle en tant que femme ?

Roxana Maracineanu : Cela dépend des fois… Récemment on m’a traité de dictateur et de femme violente. On est dans un gouvernement paritaire, je n’ai pas l’impression que les hommes soient plus écoutés que les femmes. Avant, c’était les hommes qui accédaient aux plus grands postes. Dans le monde sportif, il faut des lois pour avoir la parité. Aujourd’hui, la seule femme présidente est dans une seule fédération. Mais, dans un conseil d’administration, la parité est imposée, à 40% par la loi, tout dépend du sport. La loi doit être respectée, mais également la femme doit s’engager plus dans le monde associatif. Je trouverai intéressant que les femmes ayant des enfants prennent le temps pour s’occuper d’eux, de les amener dans des associations et d’en profiter pour s’y investir. Je pense aussi qu’il n’y a pas assez de politique de recrutement des associations pour des bénévoles.
Pauline Ferrand-Prévot : C’est assez difficile de répondre à cette question, car je ne me sens pas investie d’un rôle spécial en tant que femme. J’essaie juste d’être moi-même, et de faire ce qui me passionne le plus au monde : courir à vélo. Et j’invite chacun, fille ou garçon, à vivre sa passion le plus possible.

Madame la ministre, auriez-vous fait une bonne cycliste ?
Roxana Maracineanu : Alors, j’en ai fait quand j’ai arrêté de nager, du triathlon plus précisément et c’était juste l’enfer. Quand on m’a fait monter sur un vélo ,j’ai cru que je n’allais jamais tenir dessus, puis, finalement, j’y suis arrivée mais c’était un calvaire. J’adorais nager, j’aimais bien courir mais le vélo, j’avoue, j’en ai un peu peur.

Quels sont tes prochains objectifs ? Il y a-t-il une chance de te voir aux JO 2024 sur route ?
Pauline Ferrand-Prévot : La route, c’est un très beau sport, mais depuis les championnats de France l’année dernière, j’ai décidé d’arrêter pour l’instant, afin de me consacrer au VTT. Je ne dis pas que je n’en referai jamais, notamment après le confinement, qui m’a donné très envie de repartir rouler de longues heures sur la route ! Je souhaite en tout cas à celles et ceux qui le méritent de pouvoir participer et briller aux Jeux de Paris 2024.

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