Fatima Zahra El Hayani, la belle histoire

 In Le Tour au pied des Tours, Non classé

Nous sommes fier.e.s de vous présenter Fatima notre nouvelle marraine de la section sportive Bagat’elles Bike, professionnelle chez Arkéa Pro Cycling Team !

Issue d’une famille très modeste, mais prête à tout pour assouvir sa passion qu’est le vélo, Fatima doit arrêter l’école après ses années de collège du fait du coût des études supérieures au Maroc. Elle est déboussolée, elle se perd en effectuant des petits boulots, dort même parfois dehors et ne mange pas toujours à sa faim. Le vélo est son exutoire, sous les couleurs de son pays, elle remporte neuf médailles, devient la meilleure cycliste africaine, sur piste et sur route. Mais elle ne voit jamais la couleur des primes de victoires. Dégoûtée par l’absence de reconnaissance des instances fédérales vis-à-vis des femmes, elle décide même d’arrêter le cyclisme. Mais une rencontre va changer sa vie !

Peux-tu nous raconter ton histoire ?
Fatima Zahra El Hayani : À 15 ans, j’habitais à 20km de l’école et c’était compliqué de m’y rendre, certains jours, j’y allais en taxi ou à pied. Mon père m’avait promis de m’offrir un vélo si je travaillais bien à l’école. À la fin de l’année, quand j’ai eu mes résultats et mon certificat d’études, mon père m’a offert un joli vélo mais assez banal, un simple deux-roues. J’étais très contente et j’ai commencé à aller à l’école à vélo. Un jour, en rentrant chez moi, mon vélo a crevé. Je suis rentrée dans une boutique pour demander de l’aide pour réparer mon vélo. Le commerçant a refusé, car il était trop occupé avec ses clients. J’ai fini par me débrouiller. Il a vu que j’avais réussi à réparer mon vélo et m’a félicitée. C’est durant cet échange que j’ai appris qu’il était le fils du président du club de vélo de Sidi Slimane (une ville du Maroc). Il a aussi remarqué que j’étais à l’aise sur le vélo et que j’avais une bonne condition physique. Il m’a proposé si j’étais partante pour intégrer le club, j’ai accepté et signé ma première licence. Lorsque j’ai signé il y avait déjà deux autres filles.

Quelle a été ta réaction en apprenant que tu étais la première cycliste marocaine professionnelle ?
Fatima Zahra El Hayani : J’étais très fière pour mon pays mais surtout pour les femmes marocaines ainsi que celles du Maghreb en général. Plusieurs femmes m’ont écrit et m’ont appelée pour me féliciter et me dire qu’elles étaient très contentes que je les représente.

C’est important pour toi de ne pas oublier d’où tu viens et les étapes que tu as traversées pour en arriver là ?
Fatima Zahra El Hayani : Je n’oublie pas que je suis vraiment passée par des étapes difficiles, mais il ne faut jamais abandonner et baisser les bras. Il faut toujours persister et aller au bout ! Même s’il y a certains jours où tu n’y parviens pas, il faut te dire que demain tu y parviendras. La clef de la réussite est le travail, il faut laisser faire les choses, mais rester droite et sérieuse.

Comment a réagi ton entourage en voyant que tu voulais te consacrer au cyclisme ?
Fatima Zahra El Hayani : Dans ma famille, personne n’est sportif. Je suis la seule à faire du vélo et du sport. Je leur ai expliqué ma vocation, ils ont tous été très contents pour moi et m’ont encouragée. Mes amis aussi m’ont félicitée et m’ont poussée à continuer. Ils sont tous très fiers de moi.

Comment t’es-tu retrouvée du Maroc en Bretagne ?
Fatima Zahra El Hayani  : Yann Dejan est vraiment comme un papa pour moi, c’est lui qui m’a accueilli et accompagné durant toute la période où je suis arrivée en France et avant de passer professionnelle. Je l’ai rencontré quand je me suis sélectionnée pour la Coupe d’Afrique sur piste, il était directeur technique, ce jour-là était la première fois où il me voyait courir, on a discuté et il a vu du potentiel en moi et m’a donné une chance. C’est en partie Fatima grâce à lui que je suis la première femme marocaine à être passée professionnelle. C’est Yann qui a fait Fatima.

As-tu ressenti une pression particulière à ton arrivée dans l’équipe Arkéa et comment s’est passée ton intégration ?
Fatima Zahra El Hayani : Je n’avais pas vraiment de stress car ça faisait déjà deux ans que j’étais en France et avant de signer chez Arkéa, j’étais déjà dans une équipe cycliste à Vannes. Mon intégration dans l’équipe s’est très bien passée, je n’étais pas vraiment stressée, mais plutôt à l’aise.

Quels sont tes objectifs dans les années à venir avec ton équipe ?
Fatima Zahra El Hayani : Je serai sur la Vuelta en Espagne et les classiques en Belgique. Pour le reste, on ne sait pas encore car on avait prévu une cinquantaine de courses cette saison, mais avec le confinement tout a été mis à l’arrêt. J’essaye quand même de garder une bonne condition physique en continuant de m’entrainer à la maison pour ne pas perdre le rythme. Après le confinement, je retournerai en Bretagne pour continuer à travailler sur les routes et on fixera de nouveaux objectifs avec toute l’équipe.

Qu’as-tu envie de dire aux femmes marocaines, mais aussi aux femmes de manière générale, qui rêvent de faire comme toi ?
Fatima Zahra El Hayani : Je leur dirais qu’il ne faut jamais baisser les bras, qu’il faut être courageuse. Une fois que tu es sérieuse et que tu travailles, tu y arrives. Même si tu n’y arrives pas au début, viendra le jour où tu auras ce que tu convoites. Mais ne perd jamais espoir.

Comment est perçu le cyclisme féminin au Maroc ?
Fatima Zahra El Hayani : Le cyclisme au Maroc, surtout pour les femmes, c’est très compliqué. J’ai déposé un petit projet à la fédération pour que les filles qui veulent faire du vélo et qui ont besoin d’aide soient accompagnées. Mais ce n’est pas facile car les gens ici n’ont pas l’habitude de voir des femmes à vélo sur la route. La plupart des hommes trouvent ça bien que les femmes fassent du sport mais d’autres ont encore l’image de la femme à la maison, ce que je ne trouve pas normal. J’ai passé deux ans en Europe et ça n’a rien à voir avec le Maroc, j’espère qu’avec le temps les avis changeront et évolueront.

Tu préfères la piste ou la route pour faire du vélo?
Fatima Zahra El Hayani : J’ai toujours été plus forte sur la piste en remportant plusieurs médailles dans les championnats d’Afrique même si j’aime aussi la route. Mais maintenant je ne fais plus de piste parce qu’avec l’équipe Arkéa, je suis essentiellement sur la route. C’est par la route que j’ai signé un contrat avec cette équipe. Avant, je réussissais mieux la piste que la route, mais maintenant, avec l’habitude, je suis mieux sur la route que la piste.

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