Jade Wiel : l’avenir du cyclisme français

 In Le Tour au pied des Tours, Non classé

Ancienne spécialiste de cyclo-cross, Jade fut championne de France de la spécialité chez les Juniors. Repérée par le directeur sportif de l’équipe FDJ- Nouvelle-Aquitaine-Futuroscope, Stephen Delcourt, elle intègre l’équipe. À peine sortie des rangs Juniors, pour sa première année en Élites, elle décroche l’an dernier le titre de championne de France, à seulement 19 ans, et rentre ainsi dans le clan très fermé des jeunes femmes de moins de 20 ans à réaliser cet exploit.

Comment as-tu commencé le vélo ?
Jade WIEL : Quand j’étais petite, j’allais tous les mercredis chez ma nourrice-tata dont le fils (qui a un an de plus que moi) faisait du vélo. Chaque mercredi, je le regardais faire des tours de piste à la Gavotte, puis, quand il y a enfin eu un vélo à ma taille, j’ai essayé et depuis je n’en suis jamais descendue.

Quel a été ton parcours sportif ?
Jade WIEL : Depuis l’âge de 5 ans, je fais du vélo. Vers 8-9 ans je me suis essayée au basket, et je n’étais pas mauvaise, sauf que les entraînements se déroulaient juste après le vélo, alors je me changeais dans la voiture et j’enchaînais vélo-basket. Les compétitions étant le samedi-dimanche, ce fut compliqué en grandissant. J’ai donc dû faire un choix : si je continuais le basket, j’allais être surclassée mais j’ai finalement préféré le vélo. Quand j’étais au collège, je faisais aussi beaucoup de badminton. Je suis très sportive et c’est pour ça que j’adore varier les disciplines. Quand je suis en coupure ou bien quand je rentre dans ma famille, on va souvent courir ou jouer au tennis-badminton ensemble.

Quelles étaient tes idoles dans le cyclisme ?
Jade WIEL : À vrai dire, je ne me rappelle pas vraiment avoir été fan de cyclistes. En revanche, quand je regardais les Jeux Olympiques, j’étais toujours impressionnée par Renaud Lavillenie. Si petit, il allait si haut ; n’étant pas grande, j’essayais de me comparer à lui. Quand j’ai eu les deux pieds dans le monde du cyclisme, j’aimais la façon de courir de Thomas Voeckler. J’aime les personnes qui ne calculent pas, qui donnent tout jusqu’à « mourir » sur le vélo et qui tentent. Aujourd’hui, et après avoir passé une semaine avec lui, je peux dire que Thibaut Pinot est mon exemple.

Que penses-tu de la différence de traitement entre le cyclisme féminin et sa version masculine ?
Jade WIEL : Pour vous donner un exemple concret, en janvier nous étions en Australie. Les garçons logeaient dans un Hilton 5 étoiles tandis que nous étions dans un lycée avec douches et toilettes en dehors de la chambre. Je sais que les organisations font tout ce qu’elles peuvent pour nous mettre dans de bonnes conditions. Je pense que le « problème » vient d’au-dessus. En revanche, je suis tout à fait réaliste sur le fait que j’ai beaucoup de chance d’arriver dans le haut niveau à cette période du cyclisme féminin. On voit, par rapport à avant, que tout évolue.Qui aurait cru que le cyclisme féminin puisse être un véritable métier, comme il l’est pour moi aujourd’hui ?

Cela t’a-t-il freiné à un moment donné de ta carrière ? 
Jade WIEL : Quand j’étais petite, je voulais être professeur des écoles. Jusqu’il y a trois ans, je ne pensais jamais à devenir professionnelle. Je ne savais même pas que cela était possible. Aussi, je n’aurais jamais imaginé pouvoir arriver à ce niveau. Puis, quand je suis passée dans les rangs Juniors, j’ai commencé à avoir un bon niveau ,qui m’a permis de rentrer dans l’équipe de France et d’y être leader. Quand la FDJ-Nouvelle Aquitaine-Futuroscope, et précisément Stéphen Delcourt, est rentré en contact avec moi, j’ai commencé à prendre conscience que j’avais mes chances. J’ai alors tout mis en place pour atteindre mon but. Je ne m’inquiétais pas du reste. J’étais surtout rassurée par les paroles de notre manager, en qui j’avais et ai confiance. Il me disait que les choses évoluaient dans le bon sens et que j’allais pouvoir vivre de ma passion.

Quels sont selon toi les moyens d’améliorer la condition médiatique du cyclisme féminin et d’augmenter le nombre de licenciées ?
Jade WIEL  : C’est une question qui ressort beaucoup et pour être honnête, je n’aurai pas la réponse exacte. Je pense que tout ça est une question de sponsor. Ce sont grâce à eux que nous vivons. Le fait de créer des courses féminines en amont de celles des hommes peut motiver les investisseurs et ainsi augmenter les diffusions télévisées. Étant en Licence Éducation Motricité, je donne des cours de sport en école primaire et cela me fait penser que si on faisait découvrir le sport qu’est le cyclisme aux enfants dès leur plus jeune âge, cela pourrait leur donner des envies pour s’inscrire en club.

Penses-tu que les équipes cyclistes masculines devraient se calquer sur le modèle de la FDJ ou encore de la CCC et ouvrir chacune une section féminine ?
Jade WIEL  : Totalement ! C’est certain ! J’espère que dans le futur, chaque équipe masculine aura sa déclinaison au féminin. D’une, pour augmenter le nombre d’équipes et pousser les femmes à croire en leur possibilité de devenir professionnelle ; leur montrer qu’elles peuvent avoir leur place, mais aussi pour que les cyclistes masculins se rendent compte que nous aussi, nous faisons les mêmes sacrifices qu’eux et que nos courses sont tout autant excitantes et passionnantes que les leurs. Cela permettrait aussi d’être sur un pied d’égalité quant aux équipements sportifs et civils et pourquoi pas en terme de rémunération.

Quel est ton statut au sein de l’équipe FDJ-Nouvelle Aquitaine- Futuroscope ? 
Jade WIEL : J’ai peut-être faux mais à mes yeux, je pense que je suis encore en apprentissage, dans un rôle de formation. Mais, n’ayant pas beaucoup de patience, et aimant avoir tout tout-de-suite, je ne me fixe aucune limite. J’essaye d’apprendre de chaque course et de mettre de côté les erreurs que je commets pour en ressortir plus mature chaque dimanche. Pour gagner une course, il faut soit être au-dessus du lot et terminer en solitaire (ce qui correspond à, je pense 20% des victoires) ou avoir une bonne pointe de vitesse pour régler un sprint massif ou un sprint en petit comité. Pour ma part, j’ai une petite pointe de vitesse, qui peut me permettre de faire une bonne place en cas d’arrivée en petit comité. Ainsi, lors de course de niveau moindre, comme des classes 2, j’ai déjà eu le rôle de leader. C’est quelque chose qui m’a permis de prendre confiance en moi et qui me pousse à me surpasser à chaque entraînement.

Vis-tu uniquement de ton sport ? 
Jade WIEL : À ce jour, ayant 19 ans et vivant encore grâce au soutien de mes parents, je pourrais vivre uniquement du vélo. En revanche, j’ai tout de même besoin de garder un pied dans le monde du travail. C’est pour cela que je suis encore étudiante. J’aimerais valider ma L3 cette année pour me consacrer uniquement au vélo l’année prochaine. Car oui, dans quelques années et avec les nouvelles réglementations salariales, je pourrai me projeter sur mon avenir de cycliste professionnelle et être totalement indépendante.

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