LE TOUR AU PIED DES TOURS 2012 : INTERVIEW BRIGITTE LAPÉBIE “LUCHON EST CONNU PAR LE TOUR DEPUIS 1910”

 In Le Tour au pied des Tours



Pour cette troisième édition de notre projet « le Tour au pied des tours », à deux mois du départ du TOUR de France 2012, nous sommes allés à la rencontre des villes étapes de la région midi Pyrénées (Foix, Luchon, Blagnac et Samatan).

L’objet de ces rencontres et enquêtes est la sortie de la première édition du magazine de l’association « O’Sport Citoyen » dédié pour ce premier numéro à cette grande épreuve. Ce magazine apportera une vision nouvelle sur le Tour de France, toutes les rubriques traitées feront l’objet d’une réflexion par les jeunes et sera une réponse aux questions qu’ils se posent lors de leurs premières découvertes de cette compétition et du cyclisme en général. Il sera destiné aux enfants et adolescents qui connaissent peu ou mal cette compétition de cyclisme au même titre que ceux qui le réalisent.

PREMIER COUP DE PROJECTEUR : 

Bagnères-de-Luchon (également appelée Luchon) est située dans les Pyrénées (Luchonnais), à 50 km au sud-ouest de Saint-Gaudens, à la frontière avec l’Espagne, au sud du département de la Haute-Garonne, au confluent de la Pique et de l’One. Au sud, les montagnes du Luchonnais forment une barrière naturelle. Vers l’est, Luchon communique avec le val d’Aran en Espagne par le col du Portillon et vers l’ouest avec la vallée du Larboust et au-delà, avec celle du Louron par le col de Peyresourde.

LES ETAPES:

Samedi 14 juillet : L’étape du Tour (reservé aux amateurs) Pau – Bagnères-de-Luchon – 197 km 

Mercredi 18 juillet : 16eme étape : Pau – Bagnères-de-Luchon – 197 km

Jeudi 19 juillet : 17eme étape : Bagnères-de-Luchon – Peyragudes – 144 km

 

L’INTERVIEW : Brigitte LAPÉBIE 

Conseillère déléguée en matière d’animation et des sports à la mairie de Luchon. Son mari, Serge Lapébie fut un des coureurs des Pyrénées les plus célèbres. La famille Lapébie a marqué l’histoire du cyclisme français.

Media-Pitchounes : La ville de Luchon a une vraie histoire avec le Tour, c’est la toute première ville pyrénéenne à l’avoir accueilli.
Brigitte Lapébie : C’est vrai, en 1910 Luchon a été la première ville pyrénéenne à accueillir le Tour, une arrivée lors de l’étape Perpignan-Luchon et un départ lors de l’étape Luchon-Bayonne. Luchon a été plus de 50 fois arrivée et départ d’étape. Cette année, nous aurons l’honneur d’avoir en quelque sorte un départ et…deux arrivées ! La première étape sera Pau-Luchon et la seconde aura la particularité de n’avoir que 25 kms de distance entre le site de départ et celui d’arrivée entre Bagnéres de Luchon et Peyragudes ! … Mais les coureurs en effectueront 144 !

Media-Pitchounes : Cette étape entre Luchon-Peyragudes sera la dernière étape de montagne de ce Tour, pourriez-vous nous la présenter ?
Brigitte Lapébie : Le départ se fera donc de Bagnères- de – Luchon à 13h, ils remonteront la route vers Cierp-Gaud en direction de Saint Béat pour reprendre le col de Menté. Ce col fait partie de la légende du Tour, il est devenu célèbre l’année ou Luis Ocana a perdu le Tour de France en 1971. Il a fait une chute dans la descente, il était maillot jaune ; il allait battre Merckx ! Une stèle commémore sa mémoire dans ce fameux virage. Ils vont rattraper ensuite le col des Ares, le port de Balès, par Mauléon-Barousse, le fameux col de Peyresourde et enfin pour finir, la nouvelle route qui mène à la station de Peyragudes qui a été créé pour cet événement pour atteindre l’arrivée. Ils vont donc effectuer 144 kms, alors que si on y va direct, il n’y en a que 25 ! … Mais ça on ne leur dira pas ! (rire)

Media-Pitchounes : Comment s’organise une candidature de commune pour le passage du Tour ?
Brigitte Lapébie : Il faut déposer une candidature à ASO (Amaury Sport Organisation) et ensuite … il faut savoir se vendre ! Mais bon, on connait très bien Christian Prudhomme, Luchon est connu par le Tour depuis 1910, Il y’a eu des arrivées célèbres, de grands moments ici. Il y’a encore des records de montées à battre tel que celui de Bernard Hinault à Superbagnéres. En 2008, quand on a été élu à la mairie, j’ai recontacté la société du Tour de France, en plus nous souhaitions fêter le centenaire du premier passage et nous l’avons eu pour 2010, puis une nouvelle demande de nouveau pour cette année ! Certes, cela revient cher pour une ville, mais la facture du Tour fait partie de notre budget animation qui est prévu de longue date.

Media-Pitchounes : Quelles sont justement les retombée suite à la mise en avant de votre commune suite à cette épreuve ?
Brigitte Lapébie : Pour nous, le passage du Tour est très important. C’est plus de 100 télévisions internationales qui diffusent notre ville et nos paysages. Quand on sait ce que coûte une minute de publicité à la télé, l’impact est énorme pour la ville. C’est une publicité mondiale, on a eu une augmentation de 30% à l’office du tourisme en 2010 pour exemple. Nous n’avons pas besoin de faire de la publicité pour annoncer le passage du Tour sur la commune, elle se fait automatiquement par tous les médias dès le mois d’octobre à l’annonce du parcours. Les gens fixent leurs vacances dès la connaissance du parcours. Le Tour attire autant de monde que les JO ou les coupes du monde de football à la différence que cette épreuve est gratuite !

Media-Pitchounes : Quelles seront les festivités mises en place pour honorer le passage du Tour ?
Brigitte Lapébie : Nous faisons une animation avec Vélo Sport31, c’est une association de Venerque à destination des jeunes. Cette année nous avons également la chance d’accueillir 10 000 amateurs qui viendront se tester sur ‘l’étape du Tour » entre Pau et Luchon le 14 juillet. Pour vous dire, cette étape du Tour a été créée par des amis à moi il y’a une vingtaine d’années, c’est une étape qui réunit que des amateurs et qui font le même parcours que les professionnels. Ils roulent dans les mêmes conditions sur une route fermée à la circulation. Ce sont 10 000 amateurs qui viennent du monde entier réaliser ce défi, et qui restent sur le site ensuite pour le passage des professionnels. Il y aura le feu d’artifice bien évidemment le soir du 14 juillet et entre le 15 et le 18, diverses animations sur le vélo que cela soit à Luchon ou sur Peyragudes.

Media-Pitchounes : À titre personnel, d’où vous vient cette passion du vélo?
Brigitte Lapébie : Quand j’ai connu mon mari, il était coureur cycliste professionnel, je ne connaissais rien ni au vélo, ni sur l’histoire liée au cyclisme de cette famille. J’ai tout découvert au fur et à mesure, je suis rentré dans une grande famille de cyclistes. L’oncle de mon mari, Roger LAPÉBIE avait gagné le tour de France en 1937, le père de mon mari, Guy a été double champion olympique en 1936 à Berlin, 2 médailles d’or et une médaille d’argent. Il fut également le premier français du Tour en 1948 en finissant troisième puis il a arrêté en 1952 après avoir fait un infarctus dans le col de Peyresourde. Quand à mon mari, Serge LAPÉBIE, il a été professionnel en 1969, il était dans l’équipe de Luis Ocana chez Bic avec le papa des frères SCHLECK. Il y’a une stèle au sommet du col de Menté en sa mémoire et ou j’ai déposé les cendres de mon beau père, Guy LAPEBIE.
Voilà en fait mon intérêt pour ce sport que j’ai appris à connaitre et aimer. À l’époque, ou mon mari était professionnel, je ne m’y intéressais pas du tout, en plus à cette époque, c’était un milieu très « macho » qui commence à l’être un peu moins mais du temps de Felix Lévitan (directeur du Tour) il était impensable pour une femme d’approcher les coureurs !
C’est réellement en 1991, quand mon mari est décédé accidentellement, que ses amis m’ont dit qu’avec le nom que j’avais, je pourrai m’investir dans le vélo. Je m’en suis vraiment occupé à ce moment-là, … pour mes deux filles, en mémoire de leur père.
Nous avions un hôtel au Mourtis, et nous recevions énormément d’équipes venant préparer le Tour de France ; je les ai tous connus quand ils débutaient, Bernard HINAULT, Laurent FIGNON avec l’équipe de Cyril GUIMARD, jean René BERNAUDEAU, l’actuel directeur de l’équipe Europcar…Il existe entre nous une amitié qui dure depuis des années, ils m’ont accueilli dans ce milieu à bras ouverts. Le vélo est une grande famille ! Je reproche actuellement que les jeunes cyclistes actuels n’ont plus le même lien, ils sont enfermés dans les cars, ils ne vont même plus au village départ…

 

Media-Pitchounes : Quelles sont vos premiers souvenirs d’enfance du Tour de France ?
Brigitte Lapébie : Le vélo ça ne m’intéressais pas du tout, mais pas du tout ! Quand j’ai rencontré mon mari, tout le monde le connaissait en tant que cycliste…sauf moi ! Ca a fait beaucoup rigolé mes parents ! Le seul « contact » que j’avais avec le cyclisme, c’était comme tout gamin à l’époque où l’on dessinait des circuits à la plage sur le sable et on avançait des petits coureurs à l’aide de billes.

Media-Pitchounes : Malgré les diverses affaires liées au cyclisme qu’est ce qui rend le tour toujours aussi populaire ?
Brigitte Lapébie : Justement je voulais t’en parler, parce que le dopage dans le cyclisme, faut arrêter d’en faire une fixation. On en trouve dans tous les sports, il ne faut pas être hypocrite, Le cyclisme a été le premier sport à avoir accepté des contrôles anti dopage vers 1958. Quand tu regardes actuellement les footballeurs, ou les rugbymans qui sont gonflés à je ne sais quoi…Quand vous voyez en ce moment le nombre de joueurs de foot qui décèdent à 20 ans de crises cardiaques, on peut se poser certaines questions ! Cette semaine, c’est un nageur qui est mort sous sa douche….Ca, on oublie d’en parler, ou du moins, on ne cherche pas à faire peut-être un rapprochement. Au tennis, c’est un secret bien gardé, quand ils ont voulu faire des tests à Rolland Garros, les joueurs se sont unis pour menacer de ne pas disputer le tournoi…Je pense que c’est dans tous les sports, il ne faut pas se voiler la face ! Un sportif déclaré positif dans n’importe quel sport n’a pas le même impact que si c’est un cycliste, là, c’est l’apogée ! Nous sommes à deux mois du Tour, vous allez voir, il y’a le Tour d’Italie, les championnats nationaux, on va bien en trouver un qui fera les grandes pages dans nos journaux ! Mais si je ne me trompe, prenez le Tour l’an passé, à mes souvenirs, il n’y a eu aucun contrôle positif. Les journaux se sont focalisés sur l’affaire Contador de 2010, mais en 2011, le cyclisme nous a démontré que leur politique de lutte commençait à porter ses fruits. Nous avons eu un Tour avec un visage humain, nous n’avons pas eu un Armstrong qui battait des records à vélo qui roulait à plus de 50 km/h dans les contres la montre… Moi, en mobylette ou en Solex, je ne fais même pas sa moyenne ! Ce qui m’énerve, c’est que l’on associe le dopage qu’au cyclisme ! Comme disais mon beau-père, qui est décédé à…93 ans : « pour un ancien dopé, je me porte bien ! » C’est comme ça ! Quand tu vois les dégâts du dopage dans les autres sports, des athlètes qui disparaissent à 30, 35 ans ! … dans le cyclisme, tu vois encore des vieux ! (rire). Évidemment, il y’a du dopage dans le cyclisme, mais pas que ! Encore un exemple, prenez le golf, ils utilisent des bêtabloquants, mais là, on n’en parle pas. Le dopage est généralisé, vous en trouvez partout ! En ce moment, nos politiques sont en pleine campagne, ils ne peuvent pas être performants sans aides extérieurs. Vous ne pouvez pas être à 23h tous les jours dans des meetings, et le lendemain à 7h du matin dans les émissions de TV et ça tous les jours avec des journées à un rythme effréné ! C’est malheureux à dire, mais si on faisait un contrôle en sortie de campagne, nous serions effrayés ! (rire) Moi, ce qui m’inquiète le plus, c’est la recrudescence du dopage dans le monde amateur. Quand tu es professionnel, c’est ton métier, tu es suivi par une multitude de médecins, ils connaissent les risques… Ou c’est grave, c’est chez les amateurs, il y’à vraiment de gros gros soucis. Tu prends l’étape du Tour pour les amateurs, là, tu vas en trouver un bon paquet. Ils écoutent « Pierre, Paul, et Jacques » qui leur disent que tels trucs à marchés …. Et ils font leurs cocktails !…et quelques fois, ben, il y’a de gros dégâts ! Ils n’ont aucun suivi médical, ils prennent des produits qu’ils ne connaissent pas sur des on-dit ! … Et là, c’est juste pour la performance individuelle, il n’y’a aucune pression extérieure.

 

Propos recueillis par nos “pros” du TOUR!

Aurélie, Abla, Adjila, Semy, Justin et Yamine

 

 

 

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